25 juin 2012

Jamais je ne suis tombé assez bas pour chercher à travailler pour ramener à mon père les quelques

euros  qui auraient enrichi la  chorba de la marmite culotée ou permis   d'acheter le couscous   de

précuit  de chez Ferrero en lui évitant de rouler tous les jours la semoule grossière  qui était l'ordi-

naire de la famille,ou de dispenser mes parents de la  corvée humiliante  d'aller faire la clôture des

marchés en plein air,quand les marchands repliaient leurs tréteaux,juste avant le passage de l'arro-

seuse municipale,les légumes   et les fruits à moitié pourris destinés à la poubelle;de faire le "profil

bas " pour récupérer chez le boucher halal les déchets de mouton dont personne n'avait voulu,en

étant accueilli   par le sourire méprisant de celui qui,c'était un comble,était lui aussi un ancien

harki.

Oh,on n'était pas dans la misère et au moins on avait la paix,comme  disait ma mère,qui nous

racontait ce que lui avaient dit  d'autres commères en hijab,sur le palier,au sujet des atrocités

qu'elles avaient  vues au bled pendan  leurs vacances.Mon père semblait bien d'accord,en

hochant tristement la tête,comme s'il revoyait ce qu'il avait connu quarante ans plus tôt..

Parfois  je surprenais ce  croyant ffataliste,à genou,les paumes vers le  ciel dans   sa chambre

à coucher dont il avait chassé la marmaille,lorsqu'arrivait le vendredi.,jour  de repos.Pour moi c'

est le  dimanche qui était  jour de fête,celui oùj'allais dans les beaux quartiers,sur un scooter

volé par un copain,pour arracher à la volée leurs sacs Vuitton à des bourges qui se rendaient

chez Picard ou Hédiart.Mais jamais je n'ai parlé de mes exploits à mes parents ,pasplus qu'ils

n'en ont   profité.Ils étaient si  heureux d'être en France,de n'être pas restés "là-bas" que jamais

je n'aurais osé gâcher leur joie.

J'étais le dernier des trois fils  aînés.On ne me surveillait pas et je pouvais  faire tout ce que je

voulais.Loin de "tenir le mur",comme je le voyais faire des jeunes d'Alger à la télé pendant le

voyage de Chirac à qui on réclamait à grands cris des visas pour la France,je portais des vête-

ments de marques et j'étais chaussé par Géox et Adidas.Tout ça venait d'un travail un peu spé-

cial.Mes  parents faisaient semblant de dormir  lorsque,à minuit passé,la clé de la porte d'entrée

tournait en silence dans la serrure en  livrant le passage à celui qui rentrait sur ses chaussettes

avec un petit sac gonflé à bloc des beaux billets qui venaient d'un trafic de coke ou d'héroïne.

C'est comme ça que ma vie s'écoulait,pas trop malheureuse entre  mes parents et mes cinq

frères et soeurs.Aucun n'avait trouvé d'emploi,peut-être à cause de leur accent de béton brut

qui   rappelait en  pire celui des pieds noirs.De leur teint qui  avait l'air d'avoir trop pris le soleil

dans cette région parisienne   pourtant bien humide.De leurs noms et prénoms qui  ne sentaient

pas la Vendée ni la Touraine.Bref,pour les français de France qui nous assimilaient à des cafards

nous  n'étions que des crouillats,au mieux des cailleras,comme disaient aussi les keufs.

Mais j'aimais bien ma cité,et j'en étais pas peu fier,avec  sasalle de  sport dernier cri où il n'y avait

que des boxeurs,son beau nom de musicien classique censé favoriser l'intégration,malgré ses

murs  tagués à perpète,ses boîtes aux lettres défoncées qui n'avaient jamais la viisite du facteur,

ses ordures qu'il fallait brûler faute d'avoir été ramassées.Elles faisaient le  bonheur des rats,

des chats efflanqués,des chiens sans collier,et même des renards et des cochongliers sortis de

ce qui restait de la forêt aprés le p

 

Posté par HenriVray à 07:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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