16 juin 2012

monté sur le toit,on distinguait au loin la Tour Eiffel.Mais ça  n'avait pas  duré longtemps,le petit

commerce  était tombé en faillite et mon  père était devenu un ouvrier clandestin du bâtiment tout

juste bon à entasser les parpaings,chômeur deux jours sur trois.

Ma mère est une oranaise du village nègre qu'on appelle comme ça je  ne  pas pourquoi  car  elle

a  la peau aussi  blanche que du  lait de  chamelle,une bête que  je n'ai vue  qu'au cirque ,le lait

le plus blanc d'aprés l'oncle Ahmed qui dirait n'importe quoi  pour faire son intéressant.En toutcas

elle  n'a  pas le cheveu   plus noir qu'Amalia,la pourtugaise du quinzième,à l'étage au-dessous.Je

m'en suis aperçu,un matin,le  seul,où elle   s'était levée en oubliant de nouer sonhijab.Ce village

"nègre" doit être un souvenir de l'époque des Deys de Turquie qui entassaient leurs esclaves d'

Afrique noire dans un quartier insalubre.Que dire d'autre de  ma mère,sinon qu'elle  était douce

et gentille,qu'elle se conduisait en servante de son mari et de  ses trois fils et qu'elle faisait bien

la cuisine.Son seul défaut était d'être trop bavarde,un travers que j'ai hérité.

Mes parents se sont  connus à Issy-les - Moulineaux.C'est là  que je suis né,dans un des grands

ensembles qui n'ont   de "cités" que le nom si l'on entend  par là les vraies villes,celles qu'

habitent les français depuis plusieurs générations,celles où il  fait bon vivre avec leur Centre,leurs

avenues ombragées,leurs restos et leurs cinémas.Moi,si je suis né français,,c'est à cause de  la

double naissance en France,dont celle de mon père,né  dansl'Algérie de Papa,mais j'ai bien peur

que ce  soit uniquement pour la carte  d'identité.En tout cas ce grand ensemble n'avait rien d'une

vraie ville.Les  seules distractions  étaient le terrain de foot et une maison de la culture où des

acteurs minables jouaient parfois des pièces d'avant-garde auxquelles je  ne comprenais rien.

C'est aussi à  Issy qu'a eu  lieu le mariage de mes parents qui avaient été présentés l'un à l'autre

par des matrones.Il s"est déroulé dans la bonne  tradition arabe.Il y avait toute une smala.Les

homme marchaient  devant dans leurs djellabas neuves où quelques anciens combattants de

Cassino avaient accroché leurs médaillesLes femmes  étaient derrière,hululant des you-yous

de leur agile langue pointue comme devaient  le faire,pour attirer le client  en poussant le cri du

loup,aux sombres limites de la ville,les putes de Pompéi.Au milieu la mariée  trônait   sur une sorte

de  palanquin porté à bras d'homme.Elle était bien raide ssous sa coiffure empesée,les mains

rougies au henné,les yeux tartinés de kohl,avec un collier où pendait une main de fatma.Elle

devait étouffer enplein mois de  juillet sous une lourde étoffe damassée,rehaussée de broderies

de fils  de simili-argent et de faux or  et de bijoux en toc.Elle  était inondée deparfum à   trois  sous

comme la  pute bon marché dont j'avais  un jour,sans succés,loué les services pour tester  ma

virilité  incertaine.

Tout ça je le sais par Chérif,l'aîné de mes frères,qui avait droit à un statut spécial  lui perrmettait 

de recevoir les confidences et les souvenirs de  notre père.C'est la tradition chez nous.Moi,de

la vie antérieure de mes parents je n'ai connu que cette "barre" qui de chocolaté n'avait que la

couleur de peau  de la plupart des locataires.Mais j"ai oublié de tout vous dire,à savoir que  ma

mère,au mariage,était  déjà empâtée,grasse à souhait pour le grand bonheur de mon père qui

lui a  fait six gosses en six ans,aprés ces noces qui se sont  achevées au tam-tam des derboukas 

dans le grand hôtel - restaurant du coin,le Marrakech..C'est tout juste si  les invités;avant  de

rentrer chez eux;n'ont pas exigé qu'on secoue à la fenêtre de la chambre nuptiale le  drap rougi

de la mariée..Quand ils sont passés à  la caisse;les époux se  sont aperçus qu'ils  étaient

endettés pour cinq ans;même en  n'offrant que des  gazouzes et de l'orangeade;à cause  de

l'orchestre oriental et d'une belle  danseuse  du ventre,une chrétienne qui travaillait unpeu

partout,mêmeen Egypte.C'est  l'addition qui a causé la faillite de mon père,cet homme  d'honneur

qui tenait à  être considéré par son entourage comme un bon  payeur.Mais je crois qu'il  aurait de

toutes façons connu la faillite,ce drôle decommerçant qui,àl'étal des tomates et des pommes,

laissait toujours le  client choisirl  les plus belles,celles de son "devant,en lui  laissant sur les

bras  les   plus moches,les invendables,celles de  son "derrière".C'était toujours comme  ça,il

laissait toujours choisir,mon brave type de  père.Quand  on lui demandait si mon  prénom,

Habib,se traduisait en français par Aimé ou bien par Désiré,il repondait toujours:"Ci com' ti

vô!  Cit o choix".

Chez moi on ne parlait qu'arabe  .C'était loin dêtre la  langue du Prophète;notre vocabulaire

était un mélange d'arabe,de berbère algérien,de français,avec une  pointe de sicilien..C'est cette

sorte de dialecte qu'on parlait aussi dans les entrées d'immeuble et sur les paliers des étages.

On y prenait  plaisir à faire peur aux petits vieux avec notre accent  de rhinocéros,en parlant

fort,en leur faisant des grimaces etmême en faisant semblant denous battre.Les têtes blanches

attendaient qu'on soit partis pour essayer de prendre l'ascenseur dont on avait déglingué la

machinerie rien que pour les embêter.C'est  là aussi qu'on  préparait un "coup" juteux et les

petits sachets blancs ou une expédition en règle pour  punir les blacks  de la cité à côté,ceux qui

nous faisaient  concurrence pour le bisness de la drogue ou nous dénonçaient à la police de

proximité pour avoirl'indulgence du tribunal pour  enfants.Enfin c'est notre langue bâtarde

qu'on employait pour morigéner(un joli mot qui me   plaît  bien)  nos petites soeurs en mettant

un peu de plomb dans leurs têtes sans cervelle.Y'en avait qui avait des  jupes,toujours noires

comme si elles étaient en deuil  de leur pucelage,si courtes qu'en se baissant elles montraient

leur cul,sans parler des bazouls,ces petits nichons qui avaient l'air de vouloir s'envoler des

soutien-gorges en toile d'araignée..Parfois ça se terminait par une râclée  dans le local à

poubelles,à coup de manches à balais ou de battes de base-ball,jusqu'à ce qu'en chialant

elles  demandentqu'on arrête.Un jour il y a eu une morte:celle qui a été brûlée vive par un copain

dont elle  ne voulait plus.C'était  encore plus grave  que le jour où le gardien d'immeuble a

prévenu les keufs que,dans une cave,une "tournante" tournait mal parce que la fille  avait bien

voulu  pour  le premier mais pas  pour  les suivants qui avaient  pris la file à l'extérieur.

Comme tous mes copains,saut le  fayot  à qui un vieil   instit' socialiste a   prédit qu'il  serait un

jour ministre de la République,j'ai été un trés mauvais élève dés lecours préparatoire.Elle ne

dira pas le contraire ,la petite blondasse qu'on a envoyée  en congé de six mois pour dépression

aprés seulement huit jours de classe,un  record paraît-il..Pendant qu'elle écrivait au tableau,on

rotait,on pétait,on faisait des grimaces dans son dos.Certains faisaient même semblant de se

branler au fond de la classe  ou lui faisaient des "doigts".D'autres la raccompagnaient au bus

en prétendant la protéger.On espérait être débarrassé pour toujours de ces  pourris d

'

 

instit'.Hélas,ça a été une autre paire de manches avec  le remplaçant,un karatéka velu comme

un ours.Avec la bénédiction des parents il a envoyé au tapis deux ou trois de ceux des quarante

zèbres qui  couraient moins vite que lui.

A seize ans a pris fin ma scolarité obligatoire.J'y suis resté fidèle jusqu'au C.M.2.  lorsque l'école

m'a plaqué plus que  je l'ai quittée,sachant tout juste lire,écrire et compter sur mes doigts,sans

être capable  de résoudre une fraction ni de faire une règle de trois.Mais c'est  pas  pour ça que

je suis allé plus  loin que Alif,Bâ,Tata ou Ouahed,Zouj,Tléta.Bien que je sois assez costaud pour

rouler des mécaniques,je n'ai réussi dans aucun sport.Je  trouvais ça  trop fatigant.Pas davan-

tage dans le  rap ou le  slam,trop virils pour ma voix de flûte.Dés que j'ai eu fini d'emmerder mes

maîtres la rue m'a repris à plein temps car c'était mon élémént naturel,mon "liquide amniotique"

d'aprés le psy àl'air cinglé à qui m'avait envoyé cette conne d'infirmière scolaire,en désespoir de

cause..J'ai traîné un peu partout où il y avait à se faire du fric,du flouze,du pèze,surtout aux

Champs.Ils me fascinaient tant,le soir,avec leurs vitrines flamboyantes,que je me  mettais souvent

dans la queue des manifs  pour me servir aprés avoir cassé les vitrines à coup de pieds.Mais le

plus  souvent c'est pas trés loin de chez moi,au cas où  il me faudrait opérer un repli stratégique

que je "travaillais" en chapardant dans les grandes surfaces sous le nez de vigiles assez cons

pour confondre un gamin trop bien sapé avec un client.J'en ai mis  le feu,à des voitures,le

samedi soir,parfoisà la demande des  propriétaires qui voulaient toucher l'assurance et,en

attendant,me donnaient un beau pourboire.Surtout pour les fêtes chrétiennes de fin d'année

qu'il fallait bien célébrer par un grand feu d'artifice.J'en ai caillassé,des docteurs,des  infirmiers,

des  pompiers et des keufs,pour  les empêcher de faire leur boulot,uniquement pour m'amuser

Surtout  les  keufs,parce qu'ils  avaient la sale manie,passé minuit,de me demander mes papiers

aprés une toute petite émeute où ces femmelettes n'avaient eu que quelques blessés,parce que

jj'avais remonté ma capuche pour ne pas prendre froid,comme je l'avais promis à ma mère et

je le leur expliquais.

 

Posté par HenriVray à 15:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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